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INTERVENTION de la S.N.S.M. de SAINT-MARTIN DU 08 AOUT 2019 - NAUFRAGE DU BATEAU “INTEGRITY” ou TEMOIGNAGE D'UN SAUVETAGE MIRACULEUX

rescuemission09082019Ce jeudi à 14h15, le CROSS nous avise que le bateau de pêche “Integrity” aurait coulé “aux alentours d’Anguilla” avec une personne à bord et nous demande d’aller faire des recherches sur zone.
Rendez-vous est donné à la station aux équipiers bénévoles disponibles puis la Rescue Star appareille à 14h45.
Au départ, les informations sont très vagues ; nous n’avons pas la position du bateau en détresse ; on nous demande de mettre "cap sur Anguilla" en surveillant la mer autour de nous.
Nous sommes 4 équipiers bénévoles à bord de la Rescue Star, dont un à bâbord, un à tribord et un à l'avant ; leur seule tâche est de guetter tout éventuel signe de détresse pendant que la patronne s’occupe de la navigation et des communications VHF.

À 15h00, nous apercevons quelque chose flottant dans l’eau au milieu du chenal d'Anguilla : un coussin de bateau, puis un deuxième… Nous les récupérons et transmettons au CROSS la position GPS.
Aucun marquage sur les cousins ; impossible de savoir s’il proviennent du bateau en question ; on ne voit rien d’autre aux alentours, et le CROSS nous demande de poursuivre notre route vers Anguillita, deux ilets au sud-ouest d'Anguilla où le naufragé devrait se trouver, d’après la police anguillaise.
Nous apprenons alors que le pêcheur, qui était seul à bord, avait réussi à alerter un ami par téléphone à 11h15, quand son bateau a coulé (il avait eu la bonne idée de mettre son téléphone dans une pochette étanche !); qui est alors sorti avec son propre bateau pour le chercher… C’est seulement après 13h30 que lui alerte finalement les pompiers d’Anguilla pour lancer la chaine de secours officiele. Ce n'est qu'à 14h00 que le CROSS-AG a été avisé.
La police Anguillaise a eu un dernier contact avec le naufragé vers 13h45, confirmant qu’il était dans l’eau et toujours vivant, mais sans pouvoir préciser sa position exacte.
De gros moyens sont alors déployés : les Coast Guards Hollandais, sur 2 Metal Sharks, qui ont pris à leur bord 2 policiers et quelques pompiers Anguillais, la Brigade Nautique de la Gendarmerie Française, des bateaux de particuliers (Funtime, Night Rider, etc.), notre semi-rigide Rescue Star de la SNSM de Saint-Martin, ainsi qu’un avion DASH-8 qui survole toute la zone en faisant des allers-retours. Le CROSS-AG attribue une zone de recherche à chaque moyen nautique, et nous faisons le tour de notre “carré de recherche” les yeux rivés sur l’eau en permanence. Mais en vain !

À 17h30, le DASH-8 signale un gilet de sauvetage dans l’eau qui sera récupéré par un des bateaux privés sur zone ; deux gilets supplémentaires et une nourrice d’essence sont aussi trouvés, toujours sans marquage; puis la Brigade Nautique repêche, dans une autre zone, une banquette/siège de bateau où le nom du bateau “INTEGRITY” est inscrit. Enfin une confirmation à 100% que les débris proviennent bien du bateau disparu !
Le CROSS-AG va alors utiliser la position de ces débris et de la banquette pour recalculer la localisation éventuelle de la victime en obtenant une nouvelle évaluation sur la base d'hypothèses de courants de dérive et demande à tous les bateaux de rester sur zone dans l’attente de la communication des nouvelles zones de recherches.

Comme nous sommes sur l’eau depuis 14h40, nous avisons le CROSS-AG, vers 18h., que nous devons retourner à Saint-Martin pour faire le plein de carburant.
La plupart des bateaux particuliers rentrent aussi à Anguilla, car ils ne sont pas équipés pour faire des recherches de nuit. La Brigade Nautique de la Gendarmerie Française non plus, qui rentre elle aussi à la tombée de la nuit.
Par contre, les Metal Sharks des Garde-côtes Hollandais, qui ont une grosse capacité de fuel, restent sur zone.
Le DASH-8 atterrit pour la deuxième et dernière fois à 19h., sans avoir trouvé âme qui vive après plusieurs heures de recherche...
A 18h45, nous arrivons au quai de DELTA PETROLEUM, un de nos sponsors. Cette station-service ferme à 17h. mais, comme toujours, elle répond à notre appel pour un ré-approvisonnement d’urgence en carburant en dehors des heures d'ouverture.
Le plein effectué, nous repartons avec un petit détour à la station pour récupérer nos jumelles thermiques, car il fait nuit noire maintenant. Nous débarquons un membre de l’équipage, immédiatement remplacé par un autre.
À 19h25, nous voilà repartis !
Notre nouvelle zone de recherche est le chenal d’Anguilla, de la Pointe Plum à Blowing Rock, du Sud au Nord, en espaçant les tracés de 0,3 Milles Nautiques.
Nous traçons de Terres Basses vers Anguilla ; un équipier guette avec les jumelles thermiques ; un autre balaie l’eau avec notre projecteur de recherche, quand soudainement, sur notre premier bord au bout de 10 minutes, il crie : “il est là..!! il est là...!! Nous sommes passés à peine à 5 mètres de lui...!!
Nous mettons le bateau au point mort immédiatement, gardons la lumière sur le naufragé pour ne pas le perdre de vue, et revenons doucement vers lui.
Il bouge à peine; nous lui crions que nous sommes là, qu’il est sauvé. Quand il comprend qu’il n’hallucine pas, il s’active, nous tend les bras et nous le hissons à bord.
Il est en bon état, sans plaies ni blessures apparentes, et est cohérent ; il blague même quand les équipiers le sortent de l’eau qu’ils doivent manger d’avantage de céréales avant de partir en sauvetage, afin d’avoir assez de forces pour hisser de gros calibres comme lui. :)
Nous avisons immédiatement le CROSS-AG à 19h40 que nous l’avons trouvé et que le naufragé est à bord puis, comme nous sommes beaucoup plus près de Saint-Martin que d’Anguilla, nous remettons le cap sur Marigot.
Le naufragé, K.P., nous explique que son moteur est tombé en panne, puis qu'une grosse vague a déferlé sur son bateau. A ce moment-là, vers 11h15, il a contacté son ami à Anguilla, mis un gilet de sauvetage (décision qui va lui sauver la vie) et tenté de pomper son bateau pour le vider, quand une autre grosse vague l'a frappé sur le travers et fait chavirer. Dans l’eau, il voit son bateau couler sous ses yeux. Il estime qu’il est alors environ midi.
Il a vu des bateaux le chercher ; il a crié, a levé les bras ; l’avion est passé au-dessus de lui ; mais personne ne l'a vu. Une petite tête entre les vagues est quasiment impossible à voir. Il n’a rien pour signaler sa présence; pas de sifflet, pas de lumière, pas même de bandes réfléchissantes sur son gilet. Son téléphone, pourtant dans une pochette étanche, ne marche plus…. Il nage pendant des heures pour essayer de rejoindre la côte de Saint-Martin. A la tombée de la nuit, il voit l’avion et les bateaux rentrer ; il n’en peut plus ; il est épuisé ; il arrête de nager, ferme les yeux, essaye de se “reposer” et se dit qu’au lever du jour les recherches vont certainement reprendre…
Miracle donc quand notre faisceau lumineux lui tombe dessus ! Il ne nous a pas vu ni entendu ; c’est vraiment énorme que nous soyons tombés pile poil sur lui… Quelques mètres plus loin ou quelques secondes plus tard, avec la projecteur de recherche, nous l’aurions raté…
Nous lui passons un téléphone pour contacter sa famille, qui est en pleurs et en extase de le savoir retrouvé sain et sauf, après avoir passé 7 heures et demi à nager et à dériver en mer.
Au quai des Ferry de Marigot, l'attendent quelques cousins, d'autres membres de la S.N.S.M. de Saint-Martin et une ambulance des pompiers à destination des urgences du Centre Hospitalier de Saint-Martin, pour restauration, observation et analyses...
Nous remettons les coussins récupérés par nous à la Police Anguillaise qui nous a rejoints avec l'un des Metal Sharks des Garde-Côtes Hollandais.

Puis la Rescue Star retourne à son poste d'amarrage à la Marina Fort-Louis.
Il est 20h45. Fin de mission !

Nous tenons à remercier spécialement notre sponsor DELTA PETROLEUM venu nous refaire le plein de carburant après fermeture, sans quoi nous n'aurions pas pu repartir et le pêcheur naufragé n’aurait certainement jamais été retrouvé !
Merci aussi aux CROSS-AG, aux Garde-Côtes hollandais, à la Brigade Nautique, aux aviateurs du DASH-8 et à tous les bateaux privés impliqués dans cette collaboration internationale de sauvetage en mer, ainsi qu’à nos équipiers entièrement bénévoles qui répondent toujours présents pour aller au secours des gens de mer et plaisanciers en danger.

PS:
MORALE de ce sauvetage : un téléphone dans une pochette étanche et un gilet de sauvetage peuvent vous sauver la vie !!!
Sans son gilet, K.P. ne serait plus là. Il portait un gilet très basique (type Jet Ski), sans lumière, sans sifflet, sans bandes réfléchissantes avec une flottabilité insuffisante pour sa corpulence... mais c’était mieux que rien.
La SNSM conseille de TOUJOURS porter un gilet, dans les activités nautiques et, idéalement, de l’équiper d’une lumière, d’un sifflet et de bandes réfléchissantes; afin d’avoir le maximum de chances de repérage si le pire arrive…. car des miracles comme celui d'hier soir ne se produisent que très, très rarement..!

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